Les Amours d'Alexandre III de Macédoine,
connu comme "Le Grand"


Alexander the Great
Alexandre
La rumeur a circulé qu'Oliver Stone avait pensé faire un film sur la vie du fils légendaire du roi Philippe II de Macédoine et de la reine Olympias, la fière épirote dont il était tombé amoureux aux Mystères de Samothrace en 358 avant notre ère. Un seul obstacle s'est présenté contre ce projet : le gouvernement grec. Il ne veut pas que le nom d'un de ses plus grands héros de l'antiquité soit terni par la connaissance publique de sa passion pour les hommes et son indifférence face au "beau sexe".

Alexandre était non seulement célèbre pour ses exploits militaires presque surhumains (après avoir commandé ses premières batailles alors qu'il était encore un jeune adolescent, il partit conquérir tout le monde connu, conduisant ses troupes des montagnes du nord de la Grèce jusqu'aux frontières de l'Inde, soumettant tous ses adversaires sur son chemin, des cités grecques aux royaumes de l'Afrique du Nord, l'Asie Mineure et la Perse), ou pour sa nature impitoyable au combat, souvent tempérée par sa générosité envers les vaincus, mais aussi pour sa dévotion pour ses amis et ses compagnons, pour l'amour qu'il partageait quasi exclusivement avec ses pairs depuis l'enfance.

Ce ne fut pas un hasard. Né en août 356 avant notre ère sous le signe du lion, il était la quintessence d'une culture patriarcale de guerriers, le modèle même d'un monde dominé par les hommes gouverné par des valeurs et une esthétique masculines. Son précepteur depuis l'âge de treize ans fut le philosophe Aristote. Alexandre devait incarner ces valeurs pour le reste de sa courte mais volcanique vie, et même élargir les limites acceptées de l'amour homosexuel ancien en vivant sa grande romance avec un homme de son âge, son ami d'enfance Héphaïston.

Ce qui peut nous sembler normal aujourd'hui, l'amour d'un homme pour un autre, était dans les temps anciens désapprouvé comme une menace à la structure de la société, dans laquelle les hommes adultes étaient supposés former un couple avec les adolescents afin de les éduquer et de les conduire vers l'âge adulte, tenus par le pouvoir de l'amour érotique. Alexandre eut sûrement sa part d'amours de jeunesse, pédagogiques ou non, ni ne fut aveugle aux attraits des belles femmes : il épousa Roxane, une princesse perse, la fille d'Oxyartes de Bactriane, et conçut un enfant avec elle. Plus tard, comme l'historien grec Arrian le rapporte, Alexandre, alors qu'il était en Perse, à Suse "... célébra des cérémonies de mariage pour ses compagnons ; il prit aussi lui-même une [seconde] femme - Barsine, la fille aîné de Darius, et, selon Aristobulus, encore une autre, à savoir Parysatis, la plus jeune fille d'Ochlus ..." [VII.5] Que ces mariages furent pour des raisons politiques, par gain amoureux, ou les deux, est ouvert à la discussion.

L'autre grand amour de la vie d'Alexandre fut l'eunuque Bagoas. Tous deux se rencontrèrent alors qu'Alexandre était en campagne contre le roi Darius de Perse. La guerre faisait rage depuis un certain temps, Darius étant en fuite et abandonné par de plus en plus de ses vassaux, jusqu'à ce qu'il soit finalement assassiné par un de ses propres hommes. Son général, Nabarzenes alla jurer fidélité à Alexandre, et lui offrit de riches présents, parmi lesquels le beau garçon qui, nous dit-on, devint l'amant d'un roi après avoir été celui d'un autre. Bien qu'on ait offert à Alexandre de beaux jeunes esclave auparavant, il les avait toujours refusés et pris l'offre comme un affront. Cette fois-ci cependant, le caractère du garçon était à la hauteur de sa beauté, et l'amitié qui grandit entre lui et le roi guerrier devait durer le reste de leur vie. Il est attesté par beaucoup d'historiens de l'époque que ce n'est pas une hypothèse sans fondement, parmi lesquels Plutarque, qui rapporta que deux ans plus tard, après une compétition de danse que Bagoas avait gagnée avec les honneurs, Alexandre l'appela et l'assit à ses côtés. "Ce à quoi les troupes macédoniennes lui crièrent de l'embrasser, jusqu'à ce qu'il le prenne finalement dans ses bras et l'embrasse chaleureusement."

Ce nouvel amour n'affecta en aucune manière la profonde dévotion qui le liait à Héphaïston, qui ne fut détruite que par la mort de ce dernier pendant les festivités estivales à Ecbatana, en Perse, pendant leur retour d'Inde. Alexandre, qui jusqu'alors avait supporté sans faillir de longues épreuves et des blessures qui auraient terrassé un homme plus faible, fut défait par cette perte. On raconte qu'il resta couché sur le corps d'Héphaïston pendant un jour et une nuit, et que ses amis durent finalement l'emmener de force. Pendant encore trois jours il demeura muet, en larmes, jeûnant. Quand il se releva, il se rasa la tête et ordonna que tous les ornements soient retirés des murs de la ville. Enfin il interdit toute musique dans la ville, et ordonna que chaque ville de l'empire exécute les rituels de deuil. Plus tard il devait envoyer des représentants à l'oracle d'Amon à l'oasis de Siwah en Egypte pour demander que des honneurs divins soient accordés à son ami défunt. Le corps d'Héphaïston fut embaumé et porté à Babylone pour être brûlé sur un bûcher funéraire. Alexandre ne savait pas que Babylone allait aussi devenir son étape finale. Forcé de rester dans la ville pendant les chauds mois de l'été infestés de moustiques il mourut après une courte maladie. D'après nos calculs c'était en 323 avant notre ère. Alexandre avait 33 ans.

Yalouris Nikolaos et al., The Search for Alexander, New York Graphic Society, 1980
 







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